La culture libre, la vie publique et le droit à l’oubli


Le logiciel libre et la culture libre se forment à partir d’un principe fondateur : le partage. Derrière ce partage, il y a plusieurs buts : aider l’apprentissage, faciliter la reproductibilité, améliorer l’existant, et publier son expérience. Dit autrement :  transmettre, reproduire, étudier, distribuer.

Publier une informations dans un média, c’est sortir un élément de vie privée pour l’exposer au public. C’est le partage d’une expérience privée au grand jour, même si ce n’est pas la nôtre. Pour un journaliste, c’est rarement son expérience qui est partagée : il sert d’intermédiaire pour la révéler avec ou sans parti pris.

Le droit à l’oubli, c’est casser ce partage en mettant en avant la seule vie privée dans la balance. Plus moyen de transmettre cette information qui ne devrait exister, de distribuer ce que l’on a pu apprendre. Dans certains cas il serait possible d’arguer de la conception chrétienne du pardon : le temps a passé et les fautes ont été payées à la société… ou pas. La plupart du temps, ce qui est recherche c’est masquer les faits, l’oblivion. Comme dans ce passé proche, ou ce futur proche, dans lequel les autodafés détruisaient les livres qui ne relevaient pas de la morale d’une religion ou de la ligne d’un parti.

Ce qui est devenu public fait partie de l’inconscient collectif. En retirer une partie  ampute cet inconscient d’un souvenir. Sans nous en rendre bien compte, petit à petit, nous effaçons nos traces. Nous sélectionnons nos expériences pour nous façonner un futur. Mais qu’advient-il d’un bâtiment dont on prend les matériaux des étages inférieurs pour construire le sommet : il s’effondre. Effacer le passé, c’est aussi perdre nos racines, refuser notre apprentissage, nos doutes. Quelles seront nos valeurs refuges ? L’égocentrisme, le communautarisme et toutes les formes de repli sur soi qui nous ferons revenir aux pratiques des siècles passés.

Comment défendre la culture libre, le partage, et le droit à l’oubli ? Ce paradoxe vient du militantisme associé à la diffusion des idées de la culture libre. Nager à contre courant nécessite parfois d’avancer masqué. Entre théorie du complot et menace bien existante certains aimeraient faire table rase pour se protéger en oubliant qu’être militant c’est avant tout un don de soi, parfois corps et âme.

Puis vient le temps où il est temps de passer la main et de se retirer de la vie publique. L’envie de faire table rase et de redémarrer à zéro est tenace. Cependant, lorsque l’on a défendu le partage, il est compliqué de renier ses valeurs en imposant aux autres l’oubli. Pour un militant en activité, c’est juste inconcevable de défendre les deux à la fois : c’est comme vouloir à la fois la lumière et les ténèbres en oubliant les 50 nuances de gris, comme refuser de partager avec ceux qui ne partagent pas.

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